Jules Supervielle : Une vie entre deux mondes
Jules Supervielle, né le 16 janvier 1884 à Montevideo et mort le 17 mai 1960 à Paris, est un poète et écrivain franco-uruguayen dont l'œuvre est marquée par une profonde sensibilité et une quête constante de l'ailleurs. Issu d'une famille béarnaise, il grandit entre l'Uruguay et la France, tissant des liens indélébiles entre ces deux cultures.
Origines et enfance en Uruguay
Jules Supervielle naît dans une famille basco-béarnaise très unie. Ses parents, d'origine béarnaise et basque, s'installent en Uruguay où ils participent à la fondation d'une banque familiale. Tragiquement, ils meurent alors que Jules n'a que huit mois, probablement empoisonnés ou victimes du choléra. Élevé par sa grand-mère, puis par son oncle Bernard et sa tante, il est ramené en Uruguay à l'âge de deux ans, où il est élevé comme un fils.
À neuf ans, Jules découvre qu'il est un enfant adopté, un événement qui marque profondément sa vie et son œuvre. Il commence à écrire très jeune, rédigeant des fables sur un registre de la banque familiale. En 1894, il s'installe à Paris avec son oncle et sa tante, où il poursuit ses études secondaires et découvre les grands poètes français.
Débuts littéraires et vie adulte
En 1907, Supervielle épouse Pilar Saavedra à Montevideo, avec qui il aura six enfants. Il publie ses premiers poèmes et poursuit ses études littéraires, notamment sur la poésie hispano-américaine. Durant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé et travaille au ministère de la Guerre grâce à ses compétences linguistiques.
En 1922, il publie *Débarcadères*, son premier recueil important de poèmes, et se lie d'amitié avec Henri Michaux. Il explore divers genres littéraires, publiant des romans, nouvelles et pièces de théâtre, tout en continuant à écrire de la poésie. Son œuvre est marquée par une profonde humanité et un rejet de l'écriture automatique, tout en intégrant les innovations de la poésie moderne.
Exil et consécration
La Seconde Guerre mondiale marque le début d'une période difficile pour Supervielle. Ruiné par la faillite de la banque familiale, il s'exile en Uruguay pendant sept ans. Malgré les difficultés financières et de santé, il continue d'écrire et de traduire, recevant plusieurs prix littéraires.
En 1946, il rentre en France et est nommé attaché culturel honoraire auprès de la légation d'Uruguay à Paris. Il publie plusieurs œuvres majeures, dont *Orphée* et *Le Corps tragique*. En 1960, il est élu prince des poètes par ses pairs, peu avant sa mort.
Une œuvre intemporelle
L'œuvre de Jules Supervielle, empreinte de mélancolie et de rêverie, explore les thèmes de l'exil, de la nature et de l'humanité. Il a influencé de nombreux poètes contemporains par son approche unique et sa quête de renouveau lyrique. Aujourd'hui, son héritage littéraire continue d'inspirer, témoignant de la richesse de ses origines béarnaises et uruguayennes.
Inhumé à Oloron-Sainte-Marie, Supervielle laisse derrière lui une œuvre poétique et littéraire d'une grande profondeur, célébrée par des hommages posthumes et des rééditions continues. Son influence perdure, marquant la poésie française de son empreinte indélébile.