Bernardin Orgambide : un basque à Cayenne
Bernardin Orgambide naît en 1894 dans le village de Villefranque, au Pays Basque. Fils de Jean-Pierre Orgambide, un ancien cordonnier veuf, il grandit dans une famille modeste. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il est incorporé au 19e régiment de chasseurs à cheval, mais son parcours militaire est entaché par une condamnation pour vol, lui valant deux ans de prison. De retour à la vie civile, il vit au domicile de son père, travaillant occasionnellement comme journalier, mais passant une grande partie de son temps dans les bars et les bordels, accumulant des dettes.
Le 27 avril 1922, Bernardin, en manque d’argent, demande de l’aide à son père, qui refuse. Sous l’emprise de l’alcool, il s’acharne sur lui à coups de poing et de pied, avant de l’achever en écrasant sa gorge avec un sabot. Il fouille ensuite les poches et les meubles de son père, emportant 115 francs. Bernardin prétend avoir découvert le corps de son père en rentrant de Bayonne, où il aurait passé la nuit. Il alerte le maire et les gendarmes, mais son alibi est rapidement mis en doute. Réentendu par les gendarmes, il finit par avouer le meurtre, expliquant qu’il a tué son père pour de l’argent.
Le 5 août 1922, Bernardin est jugé devant la cour d’assises de Pau. Les faits sont reconnus, et il est condamné à la peine des travaux forcés à perpétuité. Il échappe à la peine de mort grâce à ses états de service militaire pendant la Grande Guerre. Le 20 mars 1923, il est transféré à la prison de Saint-Martin-de-Ré, au large de La Rochelle. Avec 700 autres bagnards, il embarque à bord du bateau-prison *Le Martinière*, direction la Guyane. Les prisonniers, coiffés d’un bonnet rouge et les chevilles entravées, emportent quelques maigres affaires personnelles. La traversée dure 15 jours, dans des conditions épouvantables : les bagnards sont enfermés dans des cages, entassés les uns sur les autres, avec peu de nourriture et d’eau. Certains meurent avant même d’arriver.
Le bateau accoste à Saint-Laurent-du-Maroni. Les bagnards sont répartis entre les différents camps : Saint-Laurent-du-Maroni, Cayenne, et l’île du Diable. Bernardin est envoyé à Cayenne. Le bagne de Cayenne est un enfer à ciel ouvert. Les bagnards sont soumis à des travaux forcés éreintants, sous un climat tropical impitoyable. Les maladies déciment les rangs, et la violence entre prisonniers est omniprésente. Les bagnards sont réveillés à l’aube et travaillent toute la journée sous la surveillance des gardiens. Ils construisent des routes, défrichent la jungle ou extraient des matériaux. Les repas sont maigres, et les punitions sont fréquentes pour ceux qui tentent de se rebeller. Devenu le numéro d’écrou 1954, Bernardin semble se racheter une conduite. Il fait preuve de vaillance sur les chantiers, ce qui lui vaut une commutation de sa peine en réclusion, le rendant théoriquement libérable en 1950.
Mais Bernardin, incapable d’attendre une libération hypothétique, décide de s’évader. Il a attendu ce moment pendant des semaines et ayant réussi à sortir du camp par une nuit noire et sans lune, il se glisse dans la jungle. La végétation dense et hostile l’engloutit rapidement. Il avance prudemment, évitant les serpents et les araignées géantes. Les premiers jours sont les plus durs : il doit se cacher des patrouilles, trouver de l’eau potable, et chasser pour se nourrir. Mais Bernardin est déterminé. Après des semaines d’errance, avec devant lui l’inconnu, il se sent libre pour la première fois depuis longtemps
Bernardin Orgambide n’a jamais été revu. Certains disent qu’il a réussi à rejoindre le Brésil, d’autres qu’il est mort en mer. Son destin reste un mystère, mais son nom est gravé dans l’histoire des bagnards de Guyane. Le bagne de Cayenne était divisé en plusieurs camps, chacun avec ses propres règles et punitions. Les bagnards étaient souvent isolés les uns des autres pour éviter les révoltes. Les gardiens utilisaient des méthodes brutales pour maintenir l’ordre. Les bagnards récalcitrants étaient enchaînés à des arbres ou envoyés dans des cellules d’isolement. Les tentatives d’évasion étaient fréquentes, mais rares étaient celles qui réussissaient. La jungle amazonienne, avec ses dangers et son immensité, était un obstacle presque insurmontable.