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Carlos Soublette

Un Basque au cœur de l'indépendance vénézuélienne

Au cœur du Pays Basque français, dans la province du Labourd, la ville de Bayonne a toujours été tournée vers la mer. Ses marins, réputés pour leurs compétences, naviguaient non seulement le long des côtes cantabriques, mais aussi vers les Antilles et les ports espagnols, notamment ceux du Guipúzcoa. Cette activité maritime intense, souvent en lien avec les provinces basques espagnoles, permit aux Bayonnais de développer un commerce florissant avec l'immense empire espagnol d'Amérique. C'est dans ce contexte que Martin Soublette, un jeune Bayonnais, quitta sa terre natale pour s'installer aux îles Canaries, une étape clé pour les émigrants basques cherchant à rejoindre l'Amérique.

Les origines basques de la famille Soublette

La famille Soublette, bien connue au Pays Basque, avait des racines profondes dans la région. Leur nom apparaît dans plusieurs localités, comme Itxassou ou Hasparren, et leur ascension sociale peut être tracée dès le XVIIe siècle. Dominique Soublette, l'un des ancêtres, possédait des terres à Itxassou, tandis que Pierre de Soublette, écuyer et seigneur de Sorhouet et Faldracon, était mentionné dans les archives de l'époque. La famille, reconnue noble en 1694, portait des armes composées de coquillages et d'aigles, symboles de leur ancrage local et de leur ambition.

À Bayonne, Dominique Soublette, sergent de mairie, résidait rue des Basques, un quartier fréquenté par les armateurs et corsaires. Son fils Martin Soublette, né en 1692, devint capitaine de navire, tout comme son frère Etienne. Leur activité maritime les liait étroitement au commerce atlantique, notamment avec les îles Canaries, une escale stratégique pour les émigrants basques.

L'émigration de Martin Soublette

En 1746, la création de la Compagnie des Caraques (ou Compañía Guipuzcoana) par le roi Philippe V d'Espagne bouleversa le commerce bayonnais. Cette compagnie, basée à Saint-Sébastien et Cadix, détenait le monopole des échanges avec le Venezuela, transformant profondément la province de Caracas. Les Bayonnais, privés de leur commerce traditionnel, durent émigrer. Martin Soublette, comme beaucoup d'autres, choisit les îles Canaries, une région où les Basques avaient déjà des liens anciens.

Installé à Santa Cruz de Tenerife, Martin Soublette épousa Isabel Maria de Piar, une union qui lui permit de s'intégrer dans la société locale. Il possédait deux magasins et une demeure, preuve de sa réussite économique. Son commerce, qui incluait des vins et des eaux-de-vie, le liait directement à Caracas, où il envoya ses fils Antonio et Carlos Felipe. Ces derniers s'installèrent dans la capitainerie générale de Caracas, intégrant l'élite locale grâce à leur mariage avec des femmes issues de l'aristocratie créole.

Carlos Soublette, un acteur clé de l'indépendance vénézuélienne

Né en 1789, Carlos Soublette grandit dans un contexte de tensions politiques et sociales. Son père, Antonio Soublette, secrétaire du tribunal consulaire de Caracas, lui transmit une éducation soignée, incluant les langues vivantes, les mathématiques et la géographie. Carlos, discret mais ambitieux, s'initia aux affaires commerciales avant de rejoindre les rangs des révolutionnaires vénézuéliens.

En 1810, il participa à la révolution qui renversa le capitaine général Vicente Emparan, marquant le début de l'indépendance du Venezuela. Proche de Simón Bolívar, il devint son aide de camp et joua un rôle clé dans l'organisation de l'armée républicaine. Sa fidélité à Bolívar, même dans les moments les plus difficiles, lui valut une place de choix dans l'entourage du Libertador.                                                      Après l'indépendance, Carlos Soublette devint un pilier de la jeune République. En 1825, il fut nommé ministre de la Guerre et de la Marine, un poste qu'il occupa avec une rigueur et une efficacité remarquables. Il réorganisa l'armée, créa des écoles militaires et veilla à la formation des officiers. Son administration, marquée par une gestion scrupuleuse des finances et une volonté d'unifier le pays, lui valut le respect de ses contemporains.    

En 1837, il devint vice-président de la République, un poste qu'il occupa jusqu'en 1839. Pendant son mandat, il étendit l'instruction primaire, diminua les effectifs de l'armée et développa les infrastructures routières pour soutenir l'agriculture, un secteur clé de l'économie vénézuélienne.

Un héritage durable

Carlos Soublette, par son parcours exceptionnel, incarne l'esprit d'entreprise et de résilience des émigrants basques. Il s'éleva jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir vénézuélien, contribuant à la construction d'un État indépendant et moderne. Son héritage perdure dans l'histoire du Venezuela, où il est encore aujourd'hui considéré comme l'un des pères de la nation.

Ce parcours, de Bayonne à Caracas, témoigne de l'influence des Basques dans l'histoire de l'Amérique latine. Grâce à leur esprit d'aventure et leur capacité à s'adapter, ils ont laissé une empreinte indélébile dans les terres qu'ils ont adoptées.

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