Pierre Loustaunau
du berger béarnais au général des Indes
Né le 16 août 1754 à Aydius, un petit village perché au-dessus de Bedous dans la vallée d’Aspe, Pierre Loustaunau est le cinquième enfant de Martin Latourette et Marie Berges, un couple de modestes propriétaires terriens. Bien que ses parents soient connus sous le nom de Loustaunau, probablement en raison de leur maison, Pierre grandit dans un environnement rural et communautaire, marqué par les traditions béarnaises. Après la mort prématurée de ses frères et sœurs aînés, il devient l’unique héritier de la petite propriété familiale, mais son esprit aventureux le pousse à envisager un avenir au-delà des montagnes pyrénéennes.
De la transhumance à l’embarquement pour les Indes
Jeune homme, Pierre Loustaunau aurait participé à la transhumance hivernale, menant les troupeaux de chèvres des familles d’Aydius vers les plaines. Cette activité, bien que non confirmée par les registres, lui aurait permis de développer un sens de la responsabilité et de l’organisation. En 1775, à l’âge de 21 ans, il se rend à Bordeaux, où il vend les chèvres dont il avait la garde pour se constituer un pécule. Attiré par l’aventure, il s’embarque le 17 novembre 1776 à bord du vaisseau *Le Sartines*, armé par Lafon de Labedat et commandé par le capitaine Le Coronat, en partance pour les Indes. Engagé comme mousse, il est rapidement remarqué pour ses compétences en lecture et en écriture, rares à bord, et devient valet et secrétaire du Chevalier de Saint-Lubin, un passager de marque.
Un destin basculé aux Indes
Arrivé en Inde en avril 1777, Loustaunau se retrouve mêlé aux intrigues politiques locales. Le Chevalier de Saint-Lubin, en mission pour le ministre Sartines, tente de nouer des alliances avec les Mahrattes, une confédération de tribus brahmaniques. Cependant, ses excès et ses abus provoquent l’emprisonnement du capitaine Coronat et du subrécargue par les Mahrattes. Loustaunau, quant à lui, se distingue par son intelligence et son audace. Il propose une stratégie militaire qui permet à l’armée de Scindiah, le prince mahratte, de remporter une victoire décisive. En récompense, il reçoit une bourse d’or, un cheval, un sabre symbolique et une prothèse en argent pour sa main gauche, blessée lors de la bataille. Dès lors, il est connu sous le nom de « général à la main d’argent ».
Ascension et rivalités
Loustaunau gravit rapidement les échelons militaires. À la tête d’un « parti » de 2 000 hommes, il mène plusieurs campagnes victorieuses pour Scindiah. Cependant, les rivalités internes et les intrigues politiques compliquent sa position. En 1788, après une bataille contre le sultan Gulam Kadir, il met la main sur un trésor considérable, ce qui lui permet de quitter les Indes avec une fortune colossale. Marié à Marie-Suzanne Poulet, une créole de 17 ans, il devient père de trois enfants : Madeleine, Jean-Baptiste et Marie-Françoise-Zoé.
Retour en France et vie de châtelain
En 1793, Loustaunau revient en France avec sa famille et s’installe à Tarbes, où il achète le château de Lacassagne. Il investit dans les forges d’Urdos, devenant le premier maître de forges des Pyrénées à utiliser un haut-fourneau. Cependant, une série de malheurs s’abat sur lui : la mort de sa fille et de son épouse, la destruction des forges par les guérilleros espagnols en 1808, et un coûteux procès contre un ancien commis. Ruiné et déprimé, il disparaît en 1808, laissant derrière lui une famille en difficulté.
Prisonnier des Barbaresques et protégé de Lady Stanhope
Après sa disparition, Loustaunau est fait prisonnier par les Espagnols et conduit à Mahon, aux Baléares. Grâce à l’aide de la duchesse d’Orléans, il embarque pour l’Égypte, mais son navire est capturé par des pirates barbaresques. Réduit en esclavage, il s’évade trois ans plus tard et rejoint Saint-Jean-d’Acre, où il devient surveillant des jardins de Haïffa. C’est là qu’il rencontre Lady Hester Stanhope, une aventurière anglaise surnommée « la Châtelaine du Liban ». Fascinée par ses récits, elle lui offre son soutien et envoie de l’argent à sa famille restée à Tarbes.
La fin d’un héros
En 1820, le fils aîné de Loustaunau, Jean-Baptiste, rejoint son père au Liban, mais meurt peu après. Les traces de Pierre Loustaunau se font rares après 1838. Il aurait vécu confortablement à Saïda jusqu’à sa mort, probablement vers 1840. Aucun de ses enfants n’a eu de descendance connue, bien que des documents récents laissent entrevoir l’existence de petites-filles.
Un héritage controversé
L’histoire de Pierre Loustaunau, du berger béarnais au général des Indes, est marquée par des hauts et des bas, des triomphes et des tragédies. Ses exploits ont laissé une empreinte durable dans la vallée d’Aspe et au-delà, bien que son héritage reste entouré de mystères. Ses descendants, bien que peu nombreux, ont perpétué son souvenir à travers des récits et des légendes, faisant de lui une figure emblématique de l’aventure et de la résilience.
Lire l'histoire complète dans Partir N° 13