Léon Uthurburu : de Barcus aux Galapagos
Léon Uthurburu naît en 1803 dans une modeste maison de Barcus, un petit village niché en Soule, entre Oloron et Mauléon. Issu d’une famille de fermiers, il est cadet et comprend rapidement que son avenir ne se construira pas dans ce territoire rural. À une époque où la pauvreté pousse de nombreux jeunes Basques, Béarnais et Bigourdans à partir, Léon rêve d’un destin loin de ces montagnes.
Début des années 1820 : Départ pour l’Équateur
Comme beaucoup de ses compatriotes, Léon Uthurburu pourrait devenir pêcheur de baleines dans l’Atlantique ou tenter sa chance dans les vastes fermes d’Argentine, du Chili ou d’Uruguay. Mais c’est en Équateur qu’il pose finalement ses valises. Ce pays d’Amérique du Sud, niché entre le Pérou et la Colombie, baigné par les eaux du Pacifique, offre de nombreuses opportunités aux émigrants basques. Léon commence comme berger, puis devient propriétaire fermier. Mais son ambition le pousse rapidement à se lancer dans le commerce de gros, où il excelle grâce à son solide sens des affaires.
1824 : Fondation de sa maison de commerce à Quito et début de son ascension
À seulement 21 ans, Léon Uthurburu fonde une maison de commerce dans la capitale équatorienne, Quito. Il devient banquier, prêtant de l’argent à des taux élevés à des commerçants, des aventuriers et des ambitieux rêvant de gravir les échelons de cette jeune république. Sa réputation grandit, et il devient une figure incontournable des milieux politiques et économiques équatoriens.
Vers 1830 il a acquis un patrimoine immobilier considérable, dont les célèbres Moulins de Guayaquil, au sud de la capitale. Grâce à son entregent et à son intelligence, il devient un homme en vue, respectueusement surnommé Don Uthurburu. En 1844, il est nommé vice-consul de France à Guayaquil, un poste qui témoigne de son influence et de sa réussite.
Proposition d’achat des Galapagos à la France
En juillet 1844, Léon Uthurburu écrit au ministère des Affaires étrangères français pour proposer l’achat des îles Galapagos. Visionnaire, il imagine qu’un futur canal à Panama rendrait ces îles stratégiques pour les navires reliant les Antilles à Tahiti. Il insiste sur le fait que l’Équateur est au bord de la faillite et que cette acquisition serait une opportunité en or pour la France. Cependant, sa proposition est ignorée, et il est considéré comme un hurluberlu par les autorités parisiennes.
Acquisition de l’île Floreana
Léon Uthurburu croise la route du Général Villamil, un militaire équatorien ambitieux mais sans ressources pour financer ses projets. Villamil rêve de prendre le pouvoir par une insurrection militaire et a besoin d’argent. Uthurburu lui prête les fonds nécessaires en échange de l’île Floreana, un morceau de terre situé dans l’archipel des Galapagos. Villamil affirme que cette île lui appartient, bien que la validité de cette donation soit incertaine. Léon visite Floreana à trois reprises et y construit une imposante hacienda, envisageant d’y passer sa retraite.
1853 : Retour à Barcus
Après trois décennies passées en Équateur, Léon Uthurburu, désormais riche et influent, décide de revenir dans son village natal de Barcus. Il ramène avec lui sa fortune en or, devises et diamants. À 50 ans, il s’installe discrètement dans une maison sur la place centrale du village. Bien que richissime, il se garde bien d’étaler sa fortune. Il donne généreusement la pièce aux miséreux du village et suscite admiration et parfois jalousie parmi les habitants.
1860 : Dernières volontés et décès
En 1860, sentant sa fin proche, Léon Uthurburu fait appeler le maire de Barcus. N’ayant ni épouse ni descendance, il lègue l’ensemble de ses biens à la commune :
- Sa demeure, qui deviendra le presbytère, au curé du village.
- 200 000 francs or placés en bons d’État, ses biens en Équateur, ses moulins, et l’île Floreana aux pauvres de la commune
Léon Uthurburu meurt le 8 novembre 1860. Les habitants de Barcus lui rendent hommage, et il est érigé au rang de bienfaiteur du village. Une semaine plus tard, son testament est ouvert en présence du maire et des adjoints. Ses dernières volontés sont claires : il lègue sa fortune aux œuvres de bienfaisance de Barcus.
Après 1860 : Tentatives de faire valoir les droits sur Floreana
La commune de Barcus tente de faire valoir ses droits sur l’île Floreana, mais la validité de la donation par le Général Villamil est remise en question. Les autorités françaises, bien que conscientes de la valeur des Galapagos, n’avaient jamais donné suite aux propositions d’Uthurburu. Dans les années 1980, le maire de Barcus sollicite même l’aide du sénateur basque Paul Laxalt, proche conseiller du président américain Ronald Reagan, mais sans succès.
Bien que l’île Floreana ne soit jamais devenue propriété de Barcus, elle reste un symbole de l’histoire extraordinaire de Léon Uthurburu. Parti de rien, il a fait fortune à l’autre bout du monde avant de revenir enrichir son village natal. Son héritage perdure dans la mémoire des habitants de Barcus, et son nom reste associé à celui d’un bienfaiteur généreux et visionnaire.