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Le Monument aux Poètes Béarnais et Bigourdans

à Montevideo

Montevideo possède pour particularité aux yeux de la littérature moderne d'avoir vu naître trois grands poètes français ; trois poètes singuliers, dont chacun avait ses racines en Béarn ou en Bigorre : Isidore Ducasse, alias Comte de Lautréamont (1846-1870), mais aussi Jules Laforgue (1860-1887) et Jules Supervielle (1884-1960). Un monument de Montevideo rend hommage à ces trois personnages.

Le monument se présente sous la forme d’une stèle stylisée évoquant une caravelle aux voiles déployées, symbole de voyage et d’aventure, peut-être en référence à leur héritage culturel transatlantique. Cette stèle repose sur un socle imposant, en granit beige, où sont gravés les noms des trois écrivains. L’ensemble est entouré d’un muret circulaire, ce qui met en valeur la structure au cœur d’un parc verdoyant, à proximité du lycée français Jules-Supervielle. Ce cadre naturel, avec ses frondaisons, ajoute une dimension paisible et contemplative à l’hommage rendu à ces poètes.

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont (1846-1870)

Isidore Ducasse est issu d'une famille bigourdane. Son père était natif de Bazet, un village situé au nord de Tarbes, et sa mère de Sarniguet, un village du même secteur où son père fut instituteur. Il naquit à Montevideo où son père était chancelier du consulat de France. En 1859, à l'âge de treize ans, il fut envoyé au lycée impérial de Tarbes pour compléter ses études. Il quitta les Hautes-Pyrénées en 1867 pour un bref retour dans sa ville natale, avant de s'installer à Paris où il fit imprimer ses *Chants de Maldoror*, son œuvre majeure, en 1869, ainsi que deux fascicules de poésies. Il mourut prématurément en 1870, et son œuvre ne fut vraiment reconnue, grâce aux surréalistes, qu'après la Première Guerre mondiale.

Jules Laforgue, le Chantre du Spleen (1860-1887)

Jules Laforgue est né d'une famille tarbaise, le deuxième de onze enfants. Il revint en France à Tarbes en 1866 et y fit ses études secondaires au lycée comme interne à partir de 1869. Installée à Paris en 1876, sa famille l'inscrivit au lycée Fontanes (Condorcet), mais il n'obtint jamais le baccalauréat. D'abord secrétaire de Charles Ephrussi, directeur de la Gazette des Beaux-Arts en 1881, il devint ensuite lecteur de l'impératrice d'Allemagne Augusta, ce qui lui assura une existence matérielle confortable et lui laissa le loisir de composer une œuvre abondante et variée, incluant poésie, proses romanesques, et critiques d'art. Comme le comte de Lautréamont, il mourut jeune, à vingt-sept ans, de phtisie.

Jules Supervielle, le Prince des Poètes (1884-1960)

Jules Supervielle fut orphelin à huit mois, après la mort de ses parents à Oloron, alors qu'ils étaient revenus faire un séjour dans le berceau familial paternel en 1884 depuis l'Uruguay où ils travaillaient dans la banque familiale Supervielle. Il fut recueilli par son oncle et sa tante qui le ramenèrent à Montevideo. À dix ans, il fut envoyé en France pour commencer ses études secondaires. Il s'installa à Paris avec ses parents adoptifs et, après le baccalauréat, devint licencié ès lettres avant de faire son service militaire. En 1922, il publia son premier recueil *Débarcadères* et l'année suivante son premier roman *L'homme de la Pampa*. Plus encore que les deux autres écrivains, il resta attaché à son pays d'origine où il se rendit à de nombreuses reprises, se maria avec une Uruguayenne en 1907, Pilar Saavedra, et eut six enfants de 1908 à 1929. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il regagna Montevideo où il demeura pendant sept ans avant d'obtenir la consécration à partir de 1946.

Au-delà des différences notables d'époques et de destins, ces trois exemples d'émigrés de la deuxième génération nés dans les pays d'accueil nous semblent très caractéristiques. Ils apprennent le français auprès de leurs parents qui les envoient en France parfaire leur éducation. Dans le domaine littéraire et artistique, il ne peut y avoir de grande réussite qu'à Paris où ils se rendent et y meurent, mais leurs liens avec leur pays de naissance restent forts, quoique discontinus.

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